vendredi 11 février 2011

En direct de Dakar...


Durant ce forum social mondial, un mot revient très régulièrement : Convergence. En effet, l'idée même d'un forum social mondial est de rassembler le maximum d'acteurs sociaux des différents continents afin de prendre conscience des enjeux communs et de proposer des pistes d'action. Cette prise de conscience a pu avoir lieu dès l'ouverture du Forum. Une marche, rassemblant tous les acteurs du Forum, aurait rassembler 50.000 personnes (ce qui est sûr, c'est qu'il y avait du monde!). Elle nous a permis de voir l'étendue des thématiques soulevées au Sud comme au Nord et de constater la diversité des acteurs travaillant sur les questions qui nous intéressent : migrations, éducation, environnement, développement, agriculture, non violence, démocratie, solidarité internationale, commerce équitable...La pluralité des projets réunis dans une même marche envoie un message fort: La majorité des questionnements alter mondialistes ont des échos sur toute la planète. Les associations viennent ici de plus de 100 pays même si l'Afrique est venue évidemment en masse. Malgré le chaos organisationnel de ce forum rendant difficile la mise en évidence d'une seule et même voix alter mondialiste, des échanges surtout informels ont eu lieu. Des projets tripartites franco-maroco-sénégalais, dans le cadre d'"Ecole pour tous" de Khamsa pourraient voir le jour très bientôt.

En direct de Dakar...Les migrations intra-africaines

Dans le domaine des migrations internationales, on parle beaucoup des migrations depuis les pays du Sud vers les pays du Nord. Pourtant, cette représentation que nous avons est loin d’être une réalité. En effet, près de 70% des migrations africaines sont à destination d’autres pays d’Afrique : du Sud vers le Sud, et 65% de ces migrations sont situées dans l’Espace CEDEAO (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest).

La Cimade animait lundi 7 février un atelier sur cette question, dans le cadre du Forum Social Mondial de Dakar. Différents acteurs associatifs du Mali, du Sénégal, de la Mauritanie, du Cameroun nous ont éclairés sur la situation de ces migrations intra-africaines. « L’Union Européenne tente d’imposer son modèle de gestion des flux migratoires aux gouvernements du Sud » nous expliquait l’un d’entre eux. Sous pression de l’UE, les états africains signent individuellement des accords bilatéraux, ou dits « de gestion concertée ». Ils renforcent les contrôles aux frontières au sein de l’espace sous régional de la CEDEAO qui se déconstruit petit à petit. « L’UE tue la notion de citoyenneté régionale en Afrique de l’Ouest ».

Pourtant un protocole signé en 1978 par ces pays avait introduit la libre circulation. Depuis d’autres accords avaient été signés pour faciliter la mobilité au sein de l’Espace sous régional. Par exemple, lors du 23ème sommet de la CEDEAO en 2008, les pays membres ont adoptés une approche commune des migrations qui insistait sur la valorisation des migrations et des diasporas, le respect des droits des migrants et le dialogue avec l’U.E. et les pays maghrébins.

Les politiques européennes poussent les gouvernements africains à détourner et à enfreindre leurs propres lois, ce qui mènent a des situations parfois dramatiques. Malgré la théorique liberté de circulation au sein de cet espace, les populations, mal informées sur les mécanismes et suspectées de partir pour le « mirage européen », se retrouvent bloquées à certaines frontières.

Des associations de soutien aux personnes refoulées ont témoigné de leurs actions, notamment à destination des personnes refoulées dans le désert, aux frontières du Maroc. Un débat riche a finalement eu lieu avec les participants. L’importance des mots a été soulevé : « on ne doit plus parlé de migrants clandestins ou de migrations illégales. Ce sont des termes criminalisants or ces personnes ne sont pas coupables »

mercredi 9 février 2011

En direct de Dakar...

"Une Charte pour un monde sans mur"

Ile de Gorée – quelques kilomètres au large de Dakar - 3 et 4 février 2011

C’est dans ce lieu historique et symbole de l’esclavagisme, qu’étaient réunis en assemblée, des migrants du monde entier, pour échanger et adopter un projet de « charte mondiale des migrants. »

Cette charte s’inscrit dans la continuité d’un processus engagé depuis 2006 et exprime des valeurs et principes liés aux droits des migrants pour la construction d’un monde « sans mur », plus juste, pluriel, responsable et solidaire. Elle s’appuie sur des situations et des parcours vécus par des migrants à travers le monde afin de faire valoir le droit pour tous de pouvoir circuler, s’installer, partir ou revenir librement n’importe où sur la planète. Elle revendique également l’égalité de droits entre migrants et nationaux dans les pays d’accueil.

Les discussions de ces deux jours de rencontres ont porté à la fois sur le contenu et la forme de ce texte rédigé collectivement, par le biais d`ateliers d`écriture organises par quatre coordinations continentales (Européenne, Africaine, Asiatique et Latino Américaine). La définition du terme « migrant » a posé question au cours du débat à savoir « qui considère t-on comme migrant ? » Les participants ont également échangé sur la question des conventions internationales déjà existantes, certains souhaitant rappeler ces acquis et d’autres voulant s’affranchir complètement des textes institutionnels. Après adoption et proclamation de la charte, l’euphorie a gagné l’assemblée, sous les applaudissement et « l’hymne » des migrants.

Les débats ont enfin repris sur les perspectives d’avenir, notamment la stratégie de diffusion et de signature de la charte. Cette rencontre restera un moment historique. En effet, a Gorée, lors de ces deux jours, les migrants n`étaient pas seulement « des victimes » mais de véritables acteurs du changement social.

Vous pouvez consulter la charte sur le site : http://www.cmmigrants.org/